La richesse mondiale en 2024

Entre croissance et inégalités - Analyse du rapport d'UBS sur la richesse mondiale des individus

CULTURE

Matthieu D.

12/27/20246 min read

Le dernier rapport sur la richesse mondiale d'UBS offre un éclairage sur l'évolution de la richesse mondiale et met en lumière des tendances profondes qui façonnent notre économie globale. Finance-Aces vous propose un résumé et une interprétation de l’état de la richesse des individus dans le monde.

Comment la richesse mondiale est-elle répartie ?

Pour comprendre la répartition par tranche de richesse dans le monde (et pour être en mesure de se situer par rapport aux autres individus), le rapport d’UBS présente une pyramide de la richesse mondiale (sur leur échantillon de données, cela ne comprend « que » 3,7 milliards d’individus sur les 8,2 milliards d’humains peuplant la Terre).

Les quatre catégories utilisées par UBS peuvent être interprétées comme la répartition (approximative) des richesses parmi quatre classes sociales :

  • En dessous de 10k$ de patrimoine se trouve les plus défavorisés.

  • Le groupe possédant entre 10 et 100k$ est identifiable à la classe moyenne inférieure.

  • L’ensemble des individus ayant un patrimoine entre 100k$ et 1 million de dollars correspond à la classe moyenne supérieure.

  • Les fortunés (les « riches ») se retrouvent dans la catégorie des millionnaires.

Le graphique ci-dessous permet ensuite de voir l’évolution depuis le début du millénaire entre ces différents seuils de richesse. On peut certes remarquer que la proportion de millionnaires a triplé en 23 ans, mais l’information marquante est surtout la proportion importante de personnes étant passées du groupe des plus démunis aux classes moyennes. Cela pourrait s’expliquer par l’émergence de classes moyennes dans de nombreux pays en développement.

Les millionnaires justement… Revenons-y ! (Je sais que c’est la partie qui vous fascine ;). Voilà quelques chiffres les concernant :

  • 43 % des millionnaires du monde sont aux Etats-Unis.

  • Il y a 22 millions de millionnaires aux Etats-Unis, soit près de 7% des Américains.

  • Il y a près de 3 millions de millionnaires en France, soit 4,5% des Français.

  • Les pays qui accueillent les plus grandes proportions de millionnaires sont le Luxembourg avec 17% des habitants et la Suisse avec 15%... La Principauté de Monaco, qui ne fait pas partie de l’étude UBS, compterait 29% de citoyens millionnaires !

Mais après tout, qu’est-ce qu’un million pour un milliardaire ? Ces derniers ne sont « que » 2664 et seulement 26 individus ont une fortune estimée à plus de 50 milliards de dollars.

L'Europe et la France : un enrichissement en trompe-l'œil ?

La richesse mondiale poursuit sa progression, avec une augmentation de 4,2% en 2023.

Cependant, ce chiffre mondial sur l’année cache en réalité des disparités révélées par l'analyse régionale sur le plus long terme. La zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) affiche le niveau de richesse par adulte le plus élevé au monde avec 166 000 dollars en moyenne, devançant l'Asie-Pacifique (156 000 dollars) et les Amériques. Cependant, sa croissance sur les quinze dernières années n'est que de 44%, très loin derrière l'Asie-Pacifique (+177%) et les Amériques (+146%).

Le cas français illustre ce phénomène de déclassement relatif. Si la richesse moyenne par adulte en France a progressé de 50% en euros entre 2008 et 2023, cette performance, a priori honorable, place l'hexagone en queue de peloton :

  • Les habitants des États-Unis, du Danemark et du Canada ont vu leur richesse plus que doubler sur la période.

  • La Corée du Sud et l'Afrique du Sud dépassent les 150% de croissance de richesse de leur population.

  • La Chine et le Brésil affichent des progressions vertigineuses de plus de 300% depuis 2008 !

Ce graphique montre l’évolution de la richesse moyenne des adultes par pays en monnaie locale : Attention, cela ne prend pas en compte les effets de change et l’inflation ! (J’émets de la réserve sur la méthodologie d’UBS qui se permet de comparer ces grandeurs différentes).

Ce différentiel de croissance pourrait expliquer en partie le sentiment de déclassement ressenti par de nombreux Français. Bien que le pays continue de s'enrichir en valeur absolue, sa position relative dans l'économie mondiale s'érode progressivement, créant un décalage entre la réalité statistique de l'enrichissement et la perception d'une perte de statut économique.

Autre point intéressant mis en évidence par le rapport, il y aurait sur le long terme un ralentissement graduel de la croissance de la richesse mondiale en dollars américains. Ce phénomène s'inscrit dans une tendance de fond, malgré des fluctuations annuelles parfois spectaculaires. Pour faire simple, le monde « s’enrichit de moins en moins vite ».

Des inégalités qui évoluent différemment selon les régions

Dans une moindre mesure, ce sentiment de déclassement de la part des moins favorisés pourrait venir de l’inégalité qui a augmentée légèrement en France en 2023.

Le rapport d’UBS dresse le tableau des inégalités mondiales. L'utilisation du coefficient de Gini (qui mesure les inégalités sur une échelle de 0 à 100, où 0 représente l’égalité parfaite ; le cas où tous les habitants possèdent le même patrimoine. 100 mesure le cas où un seul habitant posséderait toutes les richesses et les autres n’auraient rien) révèle des trajectoires contrastées.
En effet, l’inégalité a légèrement diminué en Amérique du Nord, alors qu’elle a augmenté en Amérique latine, en Asie et en Europe de l’Est. Dans ces régions en développement, la population s’enrichit, mais les riches s’enrichissent encore plus vite que la moyenne. En Europe de l’Ouest, le tableau est hétérogène. On peut notamment être surpris par les pays nordiques, comme la Finlande ou le Danemark qui présente une forte augmentation des inégalités ou la Suède qui a un niveau d’inégalité élevé, alors que ces pays ont la réputation de prendre des mesures sociales fortes en faveur de l’égalité.

Que signifie une augmentation des inégalités ? Cela ne veut pas nécessairement dire que la qualité de vie se dégrade ou que les gens deviennent plus pauvres dans l’ensemble. Il faut recontextualiser en fonction de chaque pays, car l'analyse des inégalités ne peut se faire sans prendre en compte les niveaux absolus de richesse. Un pays peut présenter une faible inégalité tout en ayant une population globalement pauvre (le cas « tout le monde est pauvre de la même façon »), tandis qu'un autre peut montrer des inégalités plus marquées, mais avec un niveau de vie général élevé (le cas « tout le monde est riche, mais il y a des riches plus riches que les autres »).

Comment ne pas se laisser déclasser :

Tout cela est intéressant, mais cela ne dit pas comment éviter de s’appauvrir relativement au reste du monde* ou même monter les échelons pour intégrer les rangs des millionnaires et plus.

Notons que cette croissance globale de 4,2% révèle un point intéressant : elle est significativement inférieure à celle des marchés boursiers mondiaux, qui ont enregistré une hausse impressionnante de 22,8% (indice MSCI ACWI) en 2023. Cette divergence s'explique notamment car la richesse n’est pas que financière. La plupart des gens possèdent des actifs ‘réels’ ; leur résidence principale en premier lieu, ayant subi l'impact négatif du marché immobilier, affecté par la hausse des taux d'intérêt dans la plupart des pays.

Ce rapport laisse percevoir que pour s’enrichir plus vite que la moyenne (et donc avoir un enrichissement relatif effectif) il faut investir sur les marchés financiers ou entreprendre. La première solution offre un rendement moyen supérieur à l’accroissement de la richesse mondiale sur le long terme. L’entrepreneuriat, est-elle la principale source de richesse des « ultra-riches » (les personnes ayant un patrimoine estimé à plus de 50 millions de dollars).

*si les autres s’enrichissent plus vite que vous, vous devenez plus pauvres comparativement…

Comparaison à l’inflation

Selon moi, ce rapport devrait insister sur la quantification de l’évolution de la richesse réelle mondiale (ou par région). C’est-à-dire en considérant l’évolution de la richesse prenant en compte l’inflation. Depuis 2008, la richesse mondiale retraitée de l’inflation a augmenté de 4,7% par an (99% de croissance en 15 ans), contre 5,2% sans prise en compte de l’inflation (115% de croissance en 15 ans). Cela a un effet particulièrement important pour les pays ayant connu de l’hyper-inflation, comme la Turquie.