Les tarifs douaniers de Donald Trump

Le récap pour les investisseurs particuliers

INTERMÉDIAIRE

Matthieu D.

4/8/20253 min read

Les faits

En début de semaine dernière (le 2 avril 2025), Donald Trump a annoncé une série de mesures protectionnistes spectaculaires qui sont entrées en vigueur à partir du 5 avril. Parmi elles, figure une taxe minimale de 10 % sur l’ensemble des produits importés aux États-Unis, à laquelle s’ajoutent des droits de douane renforcés contre plusieurs grandes puissances économiques. La Chine est particulièrement ciblée, avec une surtaxe annoncée de 34 % qui s’ajoute aux 20 % déjà en vigueur. Après la réplique de la Chine, l’escalade mène à 104% de taxes sur les produits chinois, ce mercredi 9 avril. L'Union européenne (20 %), le Japon (24 %), la Corée du Sud (25 %) et l'Inde (26 %) sont également concernés. Parmi les pays qui recevront des droits de douane encore plus élevés figurent le Viêt Nam (46 %) et le Cambodge (49 %). Seuls le Mexique et le Canada sont épargnés, bénéficiant toujours des conditions avantageuses prévues par l’accord T-MEC.

Des taxes spécifiques à certaines industrie ont également été annoncé. Trump a notamment confirmé la mise en œuvre immédiate de droits de douane de 25 % sur toutes les voitures fabriquées en dehors des États-Unis.

Les impacts

Pour les économistes, cette offensive protectionniste représente la rupture la plus brutale avec l’ordre commercial international depuis la Seconde Guerre mondiale. Ses effets potentiels inquiètent : inflation accentuée, ralentissement de la croissance mondiale (recession) et contraction massive des échanges. Les premières victimes seront les consommateurs américains, confrontés à des hausses de prix sur de nombreux produits importés, des voitures aux vêtements, en passant par les appareils électroménagers, les vélos ou encore les vins et spiritueux. Selon Ken Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, les mesures de Trump font grimper à 50 % la probabilité d’une récession aux États-Unis. Le taux effectif des droits de douane reviendrait ainsi à des niveaux historiques, inédits depuis 1910, faisant peser une menace directe sur l’activité économique mondiale.

Les marchés financiers n’ont pas tardé à réagir. La semaine de l’annonce a été particulièrement éprouvante pour les principaux indices boursiers mondiaux : le CAC 40 a perdu 8,1 %, le S&P 500 a reculé de 9,1 %, le Nasdaq 100 de 9,9 %, le Stoxx Europe 600 de 8,4 % et le Nikkei 225 de 8,7 %. Les secteurs les plus tournés vers l’exportation ont été durement sanctionnés, à commencer par les constructeurs automobiles, les équipementiers sportifs et les producteurs de spiritueux. À l’inverse, les investisseurs se sont repliés sur des valeurs jugées plus défensives, comme la consommation de base, les services publics, les télécoms, la santé et l’agroalimentaire.

Changement de narratif

Au-delà de la réaction immédiate des marchés, c’est un véritable changement de narratif qui s’est opéré. En 2024, les investisseurs étaient galvanisés par la montée de l’intelligence artificielle, des résultats d’entreprises solides, des politiques monétaires plus accommodantes, et l’élection d’un président américain perçu comme favorable aux affaires. Mais 2025 a rapidement inversé cette tendance. L’émergence de DeepSeek a montré qu’il était possible de rivaliser avec les géants de l’IA occidentaux à moindres coûts, confirmant que la Chine reste un concurrent technologique majeur. Le retour de Trump à la Maison-Blanche a apporté son lot d’incertitudes : coupes budgétaires, instabilité institutionnelle, licenciements massifs… et désormais, des droits de douane d’une ampleur inédite.

What next ?

Face à ce virage brutal, deux scénarios s’affrontent. Dans le premier, Trump va au bout de sa logique et applique l’intégralité de ses mesures tarifaires. Le risque d’un choc économique mondial se concrétiserait, avec une crise économique à la clé. Dans le second scénario, Trump bluffe : les nouvelles taxes serviraient essentiellement de levier de négociation ou de posture politique temporaire, qu’il pourra ajuster ou retirer en fonction des réactions internationales, utilisé comme diversion pour faire passer d’autres mesures.

Sources : BBC, Les Echos, GettyImages, ZoneBourse, LeMonde