Warren Buffett : sa lettre aux investisseurs 2024

Le résumé en français de la lettre aux investisseurs de Berkshire Hathaway 2024, dans laquelle Warren Buffett partage sa vision de l'investissement.

INTERMÉDIAIRE

Matthieu D.

3/18/20254 min read

Comme chaque année, Warren Buffett s’adresse aux investisseurs de sa holding (une holding est une entreprise qui investit dans d’autres entreprises) dans une lettre d’une quinzaine de pages. Et comme chaque année, l’oracle d’Omaha revient sur les événements marquants de l’exercice et distille un peu de sa sagesse. En effet, ces lettres ne se contentent pas de commenter les performances financières de Berkshire Hathaway ; elles regorgent également de principes intemporels sur l’investissement et la gestion d’entreprise. Le pape de l’investissement n’hésite pas à revenir sur des événements marquants de sa vie pour partager ses erreurs (c’est assez rare dans le paysage financier) et les raisons de ses succès.

Les conseils boursiers

Sur le plan boursier, Buffett rappelle plusieurs de ses principes. Il privilégie les résultats opérationnels aux bénéfices nets, car ces derniers incluent des gains ou pertes latents sur les instruments financiers, ce qui peut fausser l’analyse. Il se montre également critique à l’égard de l’EBITDA (bénéfice avant impôts, taxes, amortissements et dépréciations) considérant que les bénéfices doivent être mesurés après amortissements et impôts pour refléter la réalité économique d’une entreprise.

Il revient également sur l’histoire de Berkshire Hathaway, qui, au début des années soixante, était une entreprise en grande difficulté ne payant même pas l’impôt sur les bénéfices. Il rappelle qu’une telle situation est alarmante pour une entreprise dans une industrie censée être solide (cela s’applique moins aux start-ups).

Une fois la rentabilité rétablit, la société n’a versé qu’un seul dividende, en 1965, préférant réinvestir les bénéfices pour maximiser la croissance grâce à l’effet des intérêts composés. Selon Buffett, cette philosophie du réinvestissement a permis de faire passer Berkshire de la petite société en difficulté qu’elle était au mastodonte d’aujourd’hui.

Parole à l’entrepreneur

Warren Buffett est aussi un entrepreneur talentueux et prodigue parfois des conseils d’entreprenariat. Cette année, il insiste sur l’importance de corriger rapidement ses erreurs, la procrastination étant un des plus grands maux en affaires. Il met également en avant le rôle crucial des collaborateurs et cadres dirigeants : selon lui, ils doivent être compétents et fidèles, car leur impact sur la réussite ou l’échec d’une entreprise est déterminant. Cependant, il n’accorde aucune importance à l’établissement universitaire : pour lui, le talent entrepreneurial est largement inné et ne dépend pas d’un diplôme prestigieux.

A propos de Berkshire Hathaway

La lettre aux investisseurs ne prend pas la forme d’une leçon donnée aux investisseurs, c’est plutôt moi qui en extrais mes conclusions, et non Buffett qui se pose en figure supérieure. D’ailleurs, l’essentiel de la lettre n’est pas constitué de conseils, mais de la vie de sa société.

Âgé de 94 ans, Buffett a également abordé la question de sa succession, un sujet primordial pour une entreprise dont le succès a été largement associé à sa vision et à celle de son associé Charlie Munger, récemment décédé. Il a confirmé que la transition est en bonne voie et que Greg Abel, déjà responsable des opérations non-assurantielles de Berkshire, est prêt à prendre la relève.

La lettre est aussi l’occasion de rappeler la structure unique du portefeuille de Berkshire Hathaway. Contrairement aux fonds classiques, la majorité des actifs de la holding est constituée d’entreprises détenues en totalité ou à plus de 80 % (189 filiales), tandis qu’une autre part significative est investie dans une douzaine de méga-capitalisations cotées telles qu’Apple, American Express et Coca-Cola. Pour ce qui est du contenu de son portefeuille, Buffett a souvent évité les tendances du moment, privilégiant des secteurs comme l’assurance, les chemins de fer et les services aux collectivités. Il met aussi en avant l’importante quantité de liquidités que détient actuellement Berkshire, résultant de prises de bénéfices sur des titres comme Apple et J.P. Morgan. Il rappelle néanmoins que l’objectif reste d’investir dans de « bons business », et qu’il n’a aucune intention de conserver du cash ou des obligations gouvernementales plus que nécessaire. Il ne s'est cependant pas particulièrement exprimé sur les multiples de valorisations actuelles du marché américain ou sur ces anticipations.

Il semble trouver les valorisations plus attractives au Japon, puisqu’il mentionne l’expansion de Berkshire en dehors des États-Unis, avec ses investissements croissants au Japon. Depuis six ans, la holding a renforcé ses positions dans cinq grandes entreprises japonaises (ITOCHU, Marubeni, Mitsubishi, Mitsui et Sumitomo), appréciant leur discipline en matière d’allocation du capital, la qualité de leur gestion et leur respect des actionnaires.

Buffett a également consacré un passage à expliquer le fonctionnement du secteur de l’assurance, un des principaux domaines dans lequel Berkshire est investi. Il évoque notamment le « cycle inversé de production » propre aux assurances, grâce auquel les compagnies reçoivent des paiements avant de fournir leurs services, un modèle unique qui peut générer des flux de trésorerie considérables. Il rappelle aussi la raison d’être de l’assurance : la croissance de l’assurance des biens et habitations dépend fortement de l’évolution du risque économique. Sans risque, pas besoin d’assurance. Buffett observe une hausse de ce risque, notamment en raison des catastrophes naturelles accrues par le réchauffement climatique.

A ce propos, Buffett semble exprimer des opinions en opposition avec certaines tendances politiques en vogue aux États-Unis sous l’impulsion de Donald Trump. En effet, il reconnaît l’impact du changement climatique (qu’il regrette) et met en avant l’importance de la philanthropie pour aider les plus démunis. Toutefois, il réaffirme aussi son patriotisme en soulignant que Berkshire Hathaway est le plus gros contributeur fiscal des États-Unis, versant à lui seul 5 % des impôts sur les sociétés du pays.

Cette année encore, Buffett nous laisse avec plein de faits intéressants et de points à méditer. Si vous souhaitez allez plus loin, je vous invite à lire les lettres originales de Warren Buffett, d’une quinzaine de pages en anglais.